RN13Bis, art contemporain en Normandie

EVA, mises à nu par elles-mêmes
diep~haven 2020 festival de création contemporaine

19.11 — 22.11.2020

Festival Diep-Haven

Agnés Thurnauer, Folies Bergères, 2006, 116/89 cm, Courtesy : Galerie Michel Rein

Contact

www.diephaven.org/ diepfestival@gmail.com

Tarif

selon les lieux d'accueil (Musée de Dieppe, DSN...)

[ à la Dieppe Scène Nationale (DSN)]

« Finalement, on a toujours vu les femmes telles que les hommes les ont peintes et je pense qu’il est très important qu’elles commencent à se montrer elles-mêmes » Delphine Seyrig

Chantal Akerman, Emmanuelle Antille, Véronique Caye, Emilie Danchin, Johanna Demetrakas, Ninar Esber, Agnés Géoffray Valèrie Jouve, Clarisse Hahn, Régine Kolle, Barbara Loden, Ida Lupino, Randa Maroufi, Callisto McNulty, Florence Minder, Karine Rougier, Céline Sciamma, Agnés Thurnauer…

Pour son édition 2020 le festival diep~haven est heureux de vous proposer une programmation en écho à l’exposition de l’artiste impressionniste Eva Gonzales qui devait avoir lieu au Château-Musée de Dieppe. Eva Gonzales apparaît, comme Berthe Morisot, comme l’une des premières artistes femmes. Son travail se focalise souvent sur la représentation d’autres femmes dans des scènes quotidiennes et cela dans une proximité particulière. En effet, la représentation des femmes dans la peinture n’a jamais manqué mais elle a souvent été teintée du désir du peintre pour son modèle… souvent nue, souvent lascive et endormie ou bien aussi tentatrice, démoniaque et sanguinaire ; ces représentations ont donc participé à la représentation que la société s’est construite de l’identité féminine. Du « déjeuner sur l’herbe » de Manet à « La Mariée mise à nu par ses célibataires, même » de Duchamp il semblerait que l’imaginaire érotique est à sens unique.Malheureusement, tout comme celle de la plupart des artistes femmes d’avant-guerre, l’œuvre d’Eva Gonzales a été pour le moins éclipsée du devant de la scène. A l’exception de quelques pionnières, il aura fallu attendre le XXe siècle pour que les femmes puissent enfin commencer à accéder à la possibilité de s’auto-représenter et les années 70 pour que les pionnières accèdent à la consécration – Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Cindy Sherman ou bien Nan Goldin.

Après avoir été monopolisée pendant des siècles par les hommes européens, et cela dans tous les arts, la représentation et a fortiori l’auto-représentation est finalement devenue une question cruciale dans le développement des arts au XXe siècle. Avec comme précurseurs les expériences de la photographie ouvrière nées en Allemagne et en Russie qui se sont nourries de l’expérience du Front Populaire en Espagne et en France, chaque « communauté » a pu, petit à petit, accéder à la possibilité de se représenter, avec comme dernier verrou la possibilité pour les peuples anciennement colonisés d’y accéder. Les femmes ont durement acquis ce droit qui semble encore fortement entravé par les diverses instances de pouvoirs. Car si nous voyons en France ou en Europe une grande majorité d’étudiantes dans nos écoles d’art, les femmes se font toujours rares dans les grandes rétrospectives, prix et festivals prestigieux et encore plus rares au cinéma derrière la caméra et cela s’accentue plus les budgets de productions sont importants. Ce combat, à l’accès à la pluralité des points de vue, ne peut être que salutaire pour tous et toutes afin de sortir de siècles d’oppression de toutes les minorités. Le droit à l’auto-représentation de chacune des composantes du monde est essentiel pour l’humanité.

Ainsi le festival invitera cette année une vingtaine d’artistes provenant de quatre continents et dont les œuvres ont souvent questionné la représentation de leur genre. Cette programmation se déploiera en deux volets :

Le premier volet est composé de performances et de projections de films d’artistes, de cinéastes et de documentaristes à et en partenariat avec DSN (Dieppe Scène Nationale) sur 4 jours. Le public est invité à venir découvrir des œuvres méconnues du grand public et aussi rencontrer leurs créatrices, de revoir des « incontournables » ou bien redécouvrir certaines œuvres maitresses de précurseurs du 7ème art comme la cinéaste Alice Guy-Blaché, méprisée pendant des décennies ou bien Barbara Loden, redécouverte en 2003. L’histoire ne se refait pas mais nous pouvons lui donner un autre éclairage…

Le second volet, qui remplace l’exposition prévue d’œuvres d’artistes contemporaines dans les collections d’art du Château-Musée de Dieppe, se déroule dans l’espace public. Les œuvres produites pour l’exposition seront reproduites sous formes de posters de différents formats afin de pouvoir s’adapter aux différents supports que la ville et l’agglomération pourront offrir. Cette confrontation d’œuvres contemporaines de femmes représentant d’autres femmes avec tous les publics devrait permettre d’apporter un autre point de vue sur la représentation du corps des femmes. Cela nous permettra de constater avec satisfaction que notre époque permet enfin à la moitié de l’humanité de représenter son corps tel qu’elle le lui apparaît. Ce qui est rarement le cas dans les publicités affichées dans l’espace public.