RN13Bis, art contemporain en Normandie

Les Étangs
Mai-Thu Perret

24.10 — 19.12.2020

Le Portique centre régional d’art contemporain du Havre

Vue d’exposition, Mai-Thu Perret, Mamco, Musée d’art moderne et contemporain, Genève, Suisse, 2018-2019. © Annik Wetter
Nénuphar : Mai-Thu Perret, Les Étangs (détail), céramique émaillée, 2020. © Mareike Tocha
Volcan : Mai-Thu Perret, Unaware it was a jewel, he thought it just rubble, 2020, Céramique émaillée, 25 x 49 x 38 cm. © Mareike Tocha

Contact

Le Portique, centre régional d'art contemporain du Havre
30 rue Gabriel Péri
76600 Le Havre
t +33 (0)9 80 85 67 82

www.leportique.org info@leportique.org

Horaires

Juillet à septembre : Du mardi au dimanche de 13h à 19h

Le reste de l’année : Du mardi au samedi de 14 à 18h30

Tarif

Entrée libre

Mai-Thu Perret développe une pratique singulière, qui traverse les disciplines, multiplie les référents et fusionne les méthodologies. De la sculpture au film, en passant par la céramique et la performance, la plasticienne suisse créée des espaces et des narrations singulières, qui échappent à la culture majoritaire.

Si Mai-Thu Perret crée toujours des récits dans ses expositions, sa proposition au Portique est plus impressionniste, plus paysagère que narrative. Les Étangs, pour filer la métaphore aquatique, plonge le visiteur dans un nouvel espace-temps, où s’entre- croisent le modernisme et le tro-picalisme, où les sens s’éveillent au fil de la déambulation et de l’expérimentation des œuvres. Les ombres d’Oscar Niemeyer et Roberto Burle Marx planent sur l’exposition havraise. Les deux complices, l’un architecte, l’autre, paysagiste, ont donné naissance à Brasilia, ville brésilienne exem- plaire qui fut créée ex nihilo au centre du pays, en 1956-1960. Un geste architectural qui a fait date dans l’histoire de l’urbanisme. Niemeyer marqua aussi profondé- ment Le Havre, livrant un théâtre voluptueux et sensuel, dont les courbes dessinent un Volcan. Les Étangs résonne ainsi avec l’histoire de la ville, son architecture, tissant une trame autour du tropical, de la modernité.

NATURE ET CULTURE
Deux étages, deux espaces d’exposition, deux temporalités, deux ambiances qui font basculer du jour vers la nuit, du diurne au nocturne. Mai-Thu Perret dévoile un parcours coloré entre jour et nuit, entre végétal et minéral, embrassant dans un même mouvement l’architecture brutaliste et la luxuriance d’un jardin tropical. Dix grandes pièces en céramique, dix grandes feuilles de nénuphars, tapissent le sol du Portique, trans- formant le premier étage en un vaste plan d’eau imaginaire. L’idée de l’eau naît du dispositif, qui suggère et participe de la création d’une image mentale. Inspirées des fameux nénuphars géants, ces céramiques convoquent l’Amazonie et sa flore, végétalisant l’espace d’exposition, faisant rentrer la nature dans un lieu de culture. Si la forme mime la plante, les cou- leurs rompent volontairement avec la réalité, renforçant la dimension théâtrale de l’installation, soulignée par un rideau de scène dont les motifs abstraits sont d’inspiration botaniques. La nature ainsi reproduite est alors sublimée et hissée au rang d’oeuvre d’art.

DU VÉGÉTAL AU MINÉRAL
Au niveau supérieur, aux plantes tropicales chatoyantes répondent l’intimité et la chaleur d’une lumière artificielle. En suspension, des grandes boules en papier japonais forment un dais céleste, une constellation. Ces lanternes peintes suggèrent un ciel ponctué de nuages, de lunes. Un nouvel éclairage est porté sur l’espace de l’exposition, mais aussi sur Le Havre, dont l’un des symboles architecturaux est reproduit : une sculpture en céramique, version abstraite du Volcan de Niemeyer, convoque de nouveau Niemeyer. Cette œuvre s’inscrit dans une continuité artistique : Mai-Thu Perret a, en effet, réalisé d’autres maquettes d’architectures modernes, célébrant ainsi de grands maîtres comme Lina Bo Bardi ou encore Katarzyna Kobro. Entre flore et béton, entre végétal et minéral, l’exposition Les Étangs joue sur les oppositions, les antagonismes. Au froid du Nord se substitue la chaleur du Brésil. Au style architectural épuré répondent la richesse et l’abondance des tropiques. Mai-Thu Perret déroule un paysage aux multiples contours et reliefs, entre univers suggéré et image mentale fantasmée. Entre fidélité et trahison, l’artiste s’émancipe de ses références et modèles, s’inscrivant à son tour dans la vaste matière qu’est l’histoire de l’art.